Un mâle silencieux:

La virilité qui fait mal aux hommes.

26 Novembre 2017

Pour beaucoup, «être un homme, un vrai» rime avec virilité, force, témérité, domination et phallocratie.

L’homme n’est-il que ça ?

La société patriarcale nous a trop longtemps enseigné qu’un homme ne devait pas pleurer, ce qui revient à dire qu’il devait contenir et brimer ses émotions. Or les hommes, comme les femmes, ressentent des émotions de peur, tristesse, de peine, et c’est de l’ordre de la maltraitance psychique que de les nier. Cette stigmatisation de la peur, de la faiblesse, de la vulnérabilité, voire même de la délicatesse et de la douceur, favorise chez l’homme le déni ou la honte de la dépression, qui peut conduire au passage à l’acte.

«Alors pourquoi dit-on aux garçons de ne pas pleurer, de s’endurcir, d’avoir des couilles… ? Ras-le-bol! Le silence peut tuer. Montrer sa douleur nécessite du courage et des tripes. Sois un homme, parles-en!», propose l’association Movember.

L’éducation masculine est encore aujourd’hui beaucoup axée sur l’agressivité et la compétition, ce qui a induit des conséquences dramatiques: 69% des morts sur la route sont des hommes, 80% des morts par overdose sont des hommes, ou 83% des auteurs de crimes conjugaux sont des hommes, … «Les hommes sont trois fois plus exposés au burn-out, aux conduites à risques et aux addictions, mais ils ne semblent pas réaliser que beaucoup de leurs problèmes viennent des archétypes de la virilité, ce modèle unique du surhomme qui aboutit à une décompensation», constate la philosophe Olivia Gazalé dans son «enquête philosophique sur la construction et la déconstruction des sexes»*.

Si naître homme est un fait biologique, l’accès à la virilité est une construction sociale et chacun devrait avoir le choix d’inventer, d’ajuster la sienne. Cependant les vieilles injonctions ont le cuir dur et la virilité semble inexorablement passer par le culte de la force, du pouvoir, de la conquête et de l’instinct guerrier… comme à l’ère préhistorique. 

Ne pourrait-on pas envisager une mise à jour?

Au fil des époques jusqu’à très récemment, les rites ont ponctué l’éducation masculine. Ils étaient à base de privation de nourriture, d'endurance au froid, de privation de sommeil, d'épreuves physiques, de coups et d’humiliations censées forger l’esprit de domination : Service militaire, bizutage dans les grandes écoles en sont les démonstrations les plus « civilisées »…

Même si la société patriarcale a été abolie grâce à Mai 68 et l’émancipation du féminisme, son fantôme est toujours là: la société phallocratique. Aujourd’hui, ce sont les hommes d’affaires cravatés qui font office de guerriers des temps moderne, en partant à la chasse au business, loin (physiquement et mentalement) des préoccupations de la caverne, heu…. de la maison (réservées aux femmes !). La révolte contre ce stéréotype, même si elle existe, reste timide. L’intronisation au titre d’homme semble toujours passer aujourd’hui par la démonstration de la réussite sociale. Pour certains hommes, répondre à cette injonction coûte énormément. Mais comme ils sont des hommes devenus otages de la virilité, ils souffrent en silence. Donc…

...Parle si t’es un homme !

"La virilité ne réside pas dans les muscles, elle est dans l'esprit." - Tahar Ben Jelloun, écrivain, poète, peintre franco-marocain.

*"LE MYTHE DE LA VIRILITÉ: Un piège pour les deux sexes" de Olivia GAZALÉ