La Madone et la Putain

ou la complexité de la sexualité au masculin

02 Septembre 2019

Illustration: Madonne endormie - Giorgione (alias Giorgio Barbarelli ou da Castelfranco)

Le complexe de la Madone et la Putain s'applique aux hommes et aux femmes. Dans cet article, nous ne nous y intéresserons que du point de vue de l'homme. Sans doute fera-t-il l'objet d'un prochain article appliqué à la femme...?

Le complexe de la Madone et la Putain consiste pour un homme à ne considérer la femme que dans l’une des deux catégories: en Putain ou en Madone. Soit, la femme a une vie sexuelle libérée qu'il considère dépravée incompatible avec le fait d'être mère, soit elle est mère mais complètement chaste. D’aucune manière, elle ne peut avoir une posture intermédiaire où elle accéderait à la fois à une vie sexuelle joyeuse et épanouissante et à une vie de mère satisfaisante…

Vous l’aurez compris, cette vision des choses très binaire ne permet pas à la femme d’être à la fois une mère attentive et aimante ET une femme coquine et sexuellement épanouie. Pourtant être une femme n'est-il pas justement la réunification de ces aspects. De toute façon, ne faut-il pas une vie sexuelle pour devenir mère ?

Certains hommes sont pris au piège dans ce préjugé, heu… de ce complexe ! 

Certains d’entre eux se retrouvent rattrapés au moment de l’arrivée du premier enfant, quand soudain il ne désire plus leur femme. Devenue mère, leur femme devient une sorte de Vierge à l'enfant, consacrée à la cause de son enfant. Soyons plus précis, le fait est qu'ils ne parviennent pas à concevoir que ce soit le même sein qui nourrisse leur enfant et qui les excite, ils ne parviennent pas à concevoir que ce soit la même bouche qui couvre l’enfant de baisers la journée et accueille voluptueusement leur sexe le soir venu… Les voilà rattrapés par un excès de vertu ou de moralité dans lesquels ils enferment surtout la mère de leur enfant… Parce qu’en effet, ils n’ont aucun problème de conscience à aller assouvir leur besoin de sexe et leurs fantasmes auprès d’une autre femme (de petite vertu...?). Ce n’est pas la sexualité en général, ni leur sexualité à eux qui est immorale, c’est la sexualité de la femme devenue mère qui est immorale ! Comme si la femme devait choisir entre maternel ou féminin ? Or le maternel n’est-il pas un aspect du féminin ?

D’autres hommes sont embarqués dans ce complexe dès le début de leur vie sexuelle. Des hommes vont « sélectionner » leur future compagne à long terme (et donc potentiellement la mère de leurs enfants) en fonction de ses expériences sexuelles préalables. Ils ne conçoivent pas que leur partenaire ait eu « trop » d’expériences sexuelles avant de les connaitre. Comme si les expériences précédentes les avaient rendus impures pour porter leur enfant ? (on est d'accord, c'est "limite moyenâgeux" comme réflexion!?...)

Ces deux scénarios, ça ne vous rappelle rien ? 

Je vous mets sur la voie: Une histoire vieille d’un peu plus de 2000 ans où une "jeune fille bien sous tout rapport" s’est retrouvée enceinte sans avoir fait l’amour…

D’après les sociologues, le complexe de la Madone et la Putain serait un héritage de la tradition judéo-chrétienne à notre inconscient collectif. La tradition judéo-chretienne a scindé la femme en deux antagonistes : d’un côté Marie la pure et dévouée, et de l’autre Ève, la désobéissante, la pécheresse, celle par qui le malheur est arrivé...

Dans notre société, l’éducation et le soin des enfants est principalement confiée aux femmes (assistantes maternelles, puéricultrices, congés maternité, institutrices, …) Les hommes grandissent et se construisent avec une image de la femme dévouée voire parfois sacralisée. Elle représente tantôt l’amour, la douceur, la bienveillance, tantôt le cadre, l’autorité, le respect. Pour l’enfant, ce sont deux aspects opposés au sein d’une même personne parfois difficiles, voire impossible, à relier (Comment cette femme peut-elle être si douce et si méchante ?). Cependant, si la plupart des hommes parviennent à dépasser naturellement ce clivage et intègrent sans difficultés la femme dans toutes ses nuances, il arrive que pour certains d’entre eux, la violence de l’antagoniste ait été ingérable psychiquement, peut-être même sidérant, et ait laissé une empreinte profonde dans leur inconscient. Il s’agit notamment de ceux qui ont eu une mère omniprésente, normative et étouffante voire incestueuse (c’est à dire qui ne leur a permis d’accéder à suffisamment de liberté et d’intimité). 

C’est ici que s’enracine le complexe. Dans l’incapacité de relier et donc dépasser l’antagoniste douce / méchante (Marie / Ève), ils ne conçoivent pas que la même personne puisse à la fois porter et protéger l’enfant (la Madone), ET être un lieu de plaisir et jouissance sexuelle (la Putain). Ils sont comme écartelés entre deux forces opposées qui produisent des éclairs de honte, culpabilité ou peur quand elles se rapprochent trop. Ces deux forces contradictoires sont tellement puissantes que certains peuvent être immobilisés (état dépressif), d’autres fuient par l’hyperactivité (hors de la sphère du couple : ils s'épuisent professionnellement par exemple pour avoir un bon prétexte pour ne pas avoir envie de faire l'amour à la mère de leurs enfants), et d’autres se laissent embarquer par le complexe en ayant une vie sexuelle adultère (maîtresses ou prostituées) tout en affirmant aimer leur épouse…

Ce complexe peut réellement gâcher la vie amoureuse de l'homme. Dès qu'il rencontre une femme, il peut être capable de l'encourager à aller très loin sexuellement ensemble, avec son consentement à elle, mais pour mieux lui reprocher ensuite et la quitter en prétextant qu'elle manque de vertu pour l'engagement... De cette manière, toutes ces histoires d'amour se soldent par un échec, dans lequel il se sent la victime de l'immoralité des femmes... pour mieux se faire plaindre et consoler par maman ?    

Comment s'en sortir ? 

Il s’agira pour ces hommes d’admettre que le maternel est un aspect du féminin. En effet, s’il y a bien une femme qui ait déjà fait l’amour dans sa vie, c’est bien une mère, et même SA propre mère. Pour sortir de ce complexe et accéder à une sexualité joyeuse et complice, l’homme doit remettre en question ses certitudes, ses principes et faire preuve d’ouverture d’esprit. Il doit prendre conscience que ce complexe l’installe dans une position très machiste, et rétrograde. Il doit admettre qu'une mère, aussi tendre et dévouée soit-elle a aussi une vie sexuelle stimulante et épanouissante; une femme peut-être à la fois libérée sexuellement et à même de porter et chérir des enfants.

Et Viva la Vulva! : Documentaire de 52 minutes, Disponible jusqu'au 24/11/2019 en replay sur Arte.tv.fr

"Ce documentaire informé et malicieux interroge la condition des femmes sous l’angle de l’image et de la perception de leur corps, et revient sur les nouveaux tabous et diktats esthétiques relatifs à leurs organes génitaux à l’ère de la révolution sexuelle et du féminisme d'aujourd'hui. Dans la plupart des langues, les noms attribués au sexe féminin relèvent aussi des pires insultes. À la fois omniprésent dans le langage familier et profondément tabou, il suscite toutes les contradictions et toutes les frayeurs. À travers l’histoire, la manière dont la vulve a été représentée ou dissimulée dans l’art – y compris dans le célèbre tableau "L’origine du monde" de Courbet –, dans les enseignements religieux ou encore dans les théories scientifiques reflète le contrôle exercé par les sociétés sur la sexualité féminine. Entre fascination pour le pouvoir de donner la vie et terreur du désir féminin, la vulve constitue l'un des symboles du statut de la femme. Tabou des règles, mythes autour de l’hymen et de la virginité, excision, nymphoplastie (opération des petites lèvres)… : ce documentaire interroge. "