Etes-vous solastalgique ?

Ou collapsologue peut-être?...

30 Juin 2019

Connaissez-vous la solastalgie ?

Ce néologisme est inspirée de nostalgie qui signifie étymologiquement « mal du pays » (algos pour douleur et nostos pour retour). Avec solas pour solacium qui signifie confort, la solastalgie est le « mal du confort », autrement dit le sentiment que notre situation « confortable » sur cette Terre s’effiloche et la peur de la perdre. Autrement et clairement énoncé, c’est une forme de questionnement existentiel lancinant qui a pour toile de fond les bouleversements environnementaux ressentis et mis en lumière par la collapsologie.

La collapsologie est la science qui étudie à l’échelle du monde l’équivalent d’un collapsus en médecine. A l’échelle d’un Homme, un collapsus est un malaise soudain, intense, accompagné d'une chute de tension qui peut être fatal s’il n’est pas sérieusement pris en charge médicalement. La collapsologie est une trans-discipline (à la fois scientifique, écologique, sociologique, économique, psychologique…) récente, proposée par Pablo Servigne et Raphael Stevens, qui étudie et démontre l’imminence de l’effondrement de notre société dans son mode de fonctionnement actuel. « L'effondrement, ça fait 40 ans qu’on dit que c’est pour les générations futures et maintenant, c’est nous les générations futures » constate Pablo Servigne, ingénieur agronome et docteur en sciences.

Même sans connaitre le "mouvement collapso", chacun à sa façon peut expérimenter et prendre conscience des changements qui s’opèrent. Entre les alertes aux particules fines (assorties du risque de cancer, d’asthme, et d’infarctus), les perturbateurs endocriniens (associés à des risques de puberté précoce, troubles de la reproduction, obésité), les pesticides (tenus pour responsables de nombreux cancers et des maladies de Parkinson et Alzheimer), les modifications du climat (mis en évidence par des saisons moins marquées, des épisodes caniculaires ou des tempêtes et l’apparition de maladies dites tropicales en régions tempérées : dengue, paludisme ou chikungunya), le journal du 20h et/ou le fil facebook suffisent pour développer une certaine solastalgie inconsciente

« La solastalgie affecte les individus conscients qu’ « il n y a pas de planète B » précise le docteur Alice Desbiolles, médecin de santé publique spécialisée en santé environnementale.

La solastalgie c’est un sentiment composé de tristesse, d’impuissance, de peur, et de colère. C’est une perte d’espoir puisque que le solastalgique est intimement convaincu que la société a passé un point de non-retour. Pour les plus pessimistes, le monde va purement et simplement s’effondrer et on va tous souffrir voire mourir, d’où des insomnies, des angoisses, la perte du sens voire la dépression. Pour d’autres, c’est la certitude que le système tel qu’il est aujourd’hui va certes s’effondrer, mais pour un autre mode de fonctionnement nettement moins confortable que l’actuel. Ceux-ci ressentent une appréhension, une certaine souffrance morale empreinte de mélancolie, comme si ils faisaient le deuil blanc (deuil par anticipation) du monde dans lequel ils vivent.

Dans les 2 cas, le solastalgique n’a strictement aucun espoir en un monde meilleur, ni même en la possibilité de sauver celui dans lequel il vit. 

Comment être insouciant quand on ressent « la fin du monde » ? C’est pourquoi le solastalgique ressent un double décalage.   

D’une part, il ne comprend pas (ou plus) le comportement de ses concitoyens qui continuent à obéir aux injonctions de la société de consommation qui envenime le bilan écologique global : consommer = polluer = chaos. Cette prise de conscience engendre un sentiment de solitude, d’incompréhension, et parfois de colère

D’autre part, le solastalgique se sent pris au piège dans un environnement pollué à devoir accomplir un travail dépourvu de sens. Ce mode de vie devient insoutenable. Or pour diverses raisons et par habitude, il lui est difficile de rompre avec les schémas insatisfaisants mais familiers donc rassurants, et il résiste à vivre à l’opposé de ses aspirations qui tendent à une certaine décroissance et à une vie plus simple. 

C’est ce désalignement entre ce qu’il ressent, ce à quoi il aspire et ce qu’il pose comme acte dans sa vie qui génère la souffrance du solastalgique. Sa vie n’a pas de sens.

Pour sortir de la souffrance de la solastalgie, il faut refuser de se laisser emporter par l’angoisse existentielle en reprenant le contrôle de sa vie en cohérence avec ses valeurs et aspirations. La meilleure façon est de passer à des actions cohérentes aux prises de conscience. Puisque le solastalgique ressent qu’il n’y a pas d’issue à ce rythme de consommation effréné : il décroît. 

« Sois le changement que tu veux voir dans le monde. » - Gandhi.

La solution d’apaisement est d’être en cohérence avec son ressenti et sa vision du monde. Au quotidien et à l’échelle individuelle, il s’agit de consommer différemment : trier et réduire les déchets, consommer de manière plus consciente et éthique (locavore), préférer les aliments d’origine végétale aux produits d’origine animale, privilégier évidemment le bio (quand il ne provient pas de l’autre bout de la planète !) pour limiter l’usage des pesticides, adopter 2 poules si on a un peu de terrain, entreprendre un petit potager, préférer l'occasion au neuf, rationaliser les déplacements en renonçant au transport aérien et en privilégiant les transports collectifs (trains, covoiturage…). 

A l’échelle de la société, il s’agit de se documenter (livres, youtube…) et de prendre conscience qu’on n’est pas seul à ressentir (pressentir) l’évolution du monde de cette façon. Aller à la rencontre de personnes qui ont les mêmes préoccupations non pas pour surenchérir et ressasser sur la dangerosité de la situation (attention à la saturation et au débordement !), mais pour se regrouper et trouver ensemble des solutions pour la suite (collapsologie, mouvement survivaliste…) et donner du sens à son quotidien.

« Certes, la possibilité d'un effondrement ferme des avenirs qui nous sont chers, et c'est violent, mais il en ouvre une infinité d'autres, dont certains étonnamment rieurs. Tout l'enjeu est donc d'apprivoiser ces nouveaux avenirs, et de les rendre vivables. » - Pablo Servigne.