Se libérer de la culpabilité

ou arrêter de porter le monde...

30 Novembre 2017

La culpabilité nous gâche souvent la vie. C’est à cause d’elle que certains acceptent de faire des choses qu’ils ne veulent pas réellement faire, et parfois se sentent même manipulés. Le sentiment de culpabilité subvient au moment où dire « non » serait ingérable, même si pourtant la demande de l’autre n’est pas légitime. Comment se libérer de la culpabilité ?

Tout d’abord, il est important de faire la différence entre « se sentir coupable » et « être coupable ». « Être coupable » renvoie à des faits objectifs et concrets, tandis que « se sentir coupable » est tout à fait subjectif et donc irrationnel.

Même si les notions de responsabilité (être à l’origine, avoir le pouvoir) et de culpabilité (notion de faute) sont différentes, elles sont dans notre psychisme très liées. Le sentiment de responsabilité s’enracine dans nos premières années de vie à travers ce que l’on nomme le Sentiment de Toute-Puissance. Explications : Lorsque le bébé naît et vit ses premiers jours, il est incapable d’intellectualiser qu’il existait un monde avant qu’il arrive. Donc, spontanément, il estime que ce monde s’est créé avec son arrivée : il est responsable de ce monde. C’est un monde où tout tourne autour de lui, de son bien-être. C’est cela qui définit le Sentiment de Toute-Puissance. Ce sentiment est renforcé par l’attention et la dévotion qu’on lui porte : il pleure, on accourt. Sous ce prisme, on ne peut que reconnaître la Puissance d’un bébé sur un adulte… Quelqu’un accourt-il à votre service lorsque vous faites une grosse colère ?... Cette puissance va s’atténuer au fur et à mesure de l’âge puisque le bébé, puis l’enfant, sera considéré par l’adulte comme de moins en moins dépendant, et donc il aura moins besoin de l’adulte pour survivre. D’ailleurs, à partir de 3 ans, la réalité vient poser une limite à cette puissance. Les parents et éducateurs arrêtent petit à petit de satisfaire l’enfant à la moindre pleure. On pose des limites à l’enfant et ces limites permettent à l’enfant de relativiser sa Toute-Puissance. Cette situation est tout à fait saine puisque il comprend qu’il ne contrôle pas le monde.

Mais il arrive, par des circonstances diverses et variées (parents permissifs, père absent, ou bien parents hyper-exigeants…) que ce cadre ne soit pas correctement posé et qu’on laisse l’enfant trop faire ce qu’il veut ou trop croire qu’il est responsable de ce qui l’entoure (« Sois sage sinon ça contrarie ton père et il va être malade… »). Dès lors, l’enfant est conforté dans sa Toute-Puissance (= « je suis à l’origine de ce monde »). Ensuite, quand l’enfant grandit et comprend le monde et sa cruauté (misère, famine, guerre, …) ou simplement les dysfonctionnements familiaux (parents qui ne s’aiment plus, maladie de la grande sœur, …), puisque il pense toujours être à l’origine de la création de ce monde, il pense alors qu’il est responsable des conséquences de ce monde et de tous ces malheurs, donc, pour bien faire, il veut réparer. 

Puisque il est à l’origine de ce monde, il doit en assumer les conséquences…

La Toute-Puissance de l’enfant engendre la Toute-Culpabilité de l’adulte.

L’adulte-coupable est convaincu d’avoir une capacité de contrôle des choses qui l’entourent, et par conséquent, il ne veut pas reconnaître l’autonomie des autres, et se sent responsable des autres.

Par exemple, lorsque une personne se sent coupable de la tentative de suicide d’un proche. Objectivement, en quoi est-elle coupable ? C’est elle qui lui a conseillé ou acheté les médicaments? Non, bien sûr ! Ce sentiment de culpabilité est en fait un sentiment de responsabilité de ne pas avoir su prendre en charge, contrôler la volonté de son ami.

Lorsqu’on se sent coupable d’avoir une vie douce sans problème d’argent, de quoi est-on objectivement coupable ? N’est-il pas dans l’ordre des choses d’avoir une vie douce ? On n’est coupable de rien, mais puisqu’on est « tout-puissant », on se sent surtout responsable et coupable de ne pas être en capacité de rendre l’existence des autres douce. 

Il est vain de lutter contre la culpabilité, car on ne ferait que la renforcer en accentuant le besoin de contrôle. Par contre, lorsque le sentiment de culpabilité émerge, posons-nous la vraie question « En quoi je me sens responsable de… ? »

Il s’agit d’accepter de faire le deuil du fait qu’on ne peut pas contrôler tout l’univers, de poser des limites où s’arrête objectivement notre responsabilité, notre capacité de contrôle. Il s’agit par-là de reconnaître aux autres leur capacité respective à être responsables de leur propre existence. On peut aider, être solidaire, accompagner, mais on ne peut pas prendre l’autre en charge, on ne peut pas priver l’autre de la responsabilité de son existence.

Il nous faut reconnaître inconditionnellement les capacité, responsabilité et liberté d’agir de l’autre, compris celles d’agir pour contribuer à son propre malheur… 

Aider : Oui ; Sauver : Non !

Article inspiré de la vidéo de Jean Jacques Crèvecoeur: "Comment se libérer de la toute puissance?" disponible sur Youtube: https://www.youtube.com/watch?v=KiTU7V8JvAI&t=480s