Libérez le zèbre...

Et osez arborer ses rayures!

15 Janvier 2019

Souvent vous ne comprenez pas ce monde, vous vous sentez en décalage avec la plupart des gens. Vous avez peut-être un sens de l’humour décalé et personne ne rit à vos blagues, vous ne supportez pas bien longtemps de parler de la pluie et du mauvais temps, vous êtes pointilleux sur les mots qu’utilise votre interlocuteur, parfois on dit de vous que vous êtes trop tatillon voire susceptible…  Et en plus vous manquez cruellement de confiance en vous... Bref vous vous sentez incompris dans votre façon de voir les choses et de vivre ce monde. Et si vous étiez un HPI qui s’ignore ?

Ces 10 dernières années les tests de précocité (HPI pour Haut Potentiel Intellectuel, précoce, surefficient mental, surdoué, ou encore zèbre… tout cela signifie la même chose) sont devenus légion auprès du jeune public. Et c’est souvent en apprenant la douance de son enfant que le parent se rend compte de la sienne. En effet, elle est souvent héréditaire.

Au delà d’avoir un QI supérieur à la moyenne, un surefficient mental est avant tout une personne qui a une intelligence différente car il est plus finement informé. Un surefficient mental dispose d’une organisation mentale naturellement sophistiquée qui fait de lui une personnalité « trop » : trop intelligent, trop émotif, trop lucide, trop gentil, trop responsable, qui pense trop, trop… STOP ! C’est justement tous ces "trop" qui lui posent problème.

Un HPI c’est d’abord une personne qui perçoit le monde très finement de par son hyperesthésie. Cela signifie que naturellement, par ses 5 sens, il ressent plus intensément et plus finement les stimulations extérieures qu’elles soient olfactives, auditives, kinesthésiques, gustatives ou visuelles. Il dispose d’une plus grande acuité qui lui donne par conséquent davantage d’informations qu’un « normopensant » (terminologie proposée par Christel Petitcollin dans son livre « Je pense trop »). Cela se traduit au quotidien par le sens du détail pour l’acuité visuelle (« si elle est mariée, puisqu'elle a une alliance. »), une ouïe sensible (ne pas supporter la musique trop forte, ne pas supporter la musique dans les magasins, percevoir certains sons), une hyper-réactivité au toucher (ne pas supporter de prendre en main les choses trop chaudes, avoir des réactions épidermiques au contact de certaines matières (la laine qui gratte, la ouate qui donne la chaire de poule…). Ce qui peut sembler d’un prime abord la chance de disposer d’un super radar est en fait une source d’épuisement de devoir gérer toutes ces infos qui entrent et foisonnent. Les gens « normaux » disposent naturellement d’inhibiteurs d’informations qui opèrent automatiquement un tri des infos sensorielles à disposition. Quand elles ne sont pas nécessaires à ce qu’ils font, elles sont mises en veilleuse et le cerveau peut se focaliser sur l’essentiel. Cette hyperesthésie est vraiment fatigante car elle ne s’arrête jamais, même quand le zèbre souhaite dormir…

Cette hyper réception des sensations induit une hypersensibilité et in fine une hyper lucidité des situations. En effet, en captant davantage d’informations, le HPI arrive à des conclusions auxquelles « les autres » n’arrivent pas… Jusqu’à parfois être pris pour un fou, ou un pessimiste, ou au contraire un grand optimiste… Bref en décalage.

Ce foisonnement d’informations alimente un câblage neurologique différent. Les normopensants ont un cheminement de pensée séquentiel : une idée en implique une autre, laquelle en appelle une autre, comme si on montait à une échelle. Chez les surefficients mentaux, une idée fait jaillir 10 idées, lesquelles font chacune éclore 10 idées, et tout cela non stop, H24… C’est ce qu’on appelle une pensée en arborescence.

Vous percevez bien qu’entre leur hyper-réceptivité au monde qui les entoure et leur capacité à décupler la gestion des informations, ils ont une puissance de compréhension et de création considérable… Pour le meilleur et aussi pour le pire.

C’est pour cette raison qu’ils sont souvent en proie au doute et à la peur. Par exemple, dans une soirée, alors que tout se passe bien, ils partent dans leur arbre à penser et se mettent à imaginer comment il faudrait s’organiser en cas d’incendie… Tous ces scénarios qui s’élaborent dans leur tête peuvent parfois les mettre dans des angoisses considérables, et se sentent d’autant plus angoissés et vulnérables que les « normopensants » ne parviennent pas toujours à les suivre "dans leurs délires".

Quand on a du très haut débit dans le cerveau, on a souvent un très haut débit de parole. Donc les HPI parlent souvent vite pour faire sortir tout ce qui germe vite dans leur cerveau, voire parfois certains bégaient car le flux de leur pensée est telle que ça se chahute à la sortie. 

Ce haut débit à penser demande aussi du grain à moudre, donc ce sont des gens très curieux, qui (se) posent beaucoup de questions et recherchent en permanence de l’information pour faire du lien et comprendre. Il y a une soif d’absolu dans leur recherche. Ils peuvent être « jusqu’au boutiste » et perfectionniste, ou au contraire totalement immobile tant la tâche leur parait titanesque.

Hyperémotifs puisqu’ils captent tout, ils ont souvent du mal à masquer leurs émotions : ils rougissent facilement, s’emportent, tremblent, transpirent. On lit sur eux comme sur un livre ouvert. C’est souvent très inconfortable pour eux, voire ça a été beaucoup critiqué, brimé pendant l’enfance et ils se sont résignés à contenir leurs émotions en s’enfermant dans une enceinte défensive. Donc ils peuvent paraître froid d’un prime abord… Non, ils mettent simplement leur armure pour se protéger.

Tout cela amène nos zèbres dans des réflexions « pas banales ». Très peu pour eux de parler de la pluie et du mauvais temps. Ils ne sont pas à l’aise avec les codes sociaux, s’ennuient très vite et peuvent « décrocher ». « J’étais en boite de nuit avec des amis, tout se passait bien, l’ambiance était festive et détendue et à un moment j’ai déconnectée et je me disais que je serais tellement mieux en train de bouquiner dans mon lit… » témoigne l’une d’elle. La boite de nuit est sans doute le pire endroit pour un zèbre : odeurs très prégnantes, musique trop forte, superficialité des échanges, foule…

D’après Jeanne Siaud-Facchin, psychologue spécialisée dans l'accompagnement des HPI « Être surdoué, c’est une personnalité toujours marquée par ce double sceau : une intelligence puissante et une sensibilité intense qui imprègne chaque moment de vie ». Se découvrir zèbre à 40 ans remet notre vie en perspective, donne du sens à nos échecs, nos déceptions et permet de comprendre sa différence et de ne plus la vivre comme une pathologie ou une incapacité. Vous êtes différents ? 15 à 30% de la population seraient concernés. Prendre conscience de son HPI, c'est comme se reconnaître Noir dans un monde de Blancs! On peut arrêter de se faire souffrir à se laver au Scotch-Brit en espérant devenir absolument blanc. Quelle délivrance! 

Si vous vous retrouvez dans ces quelques caractéristiques, qui ne sont pas exhaustives (il y tellement des sortes de rayures chez les zèbres !), je vous conseille la lecture des livres de Christel Petitcollin « Je pense trop », et de Jeanne Siaud-Facchin « Trop intelligent pour être heureux ».

Et arborez votre Zebrattitude!