Psychothérapie & éveil spirituel

Est-il suffisant de réussir dans la vie pour réussir sa vie?

04 Février 2018

Quelques soient les raisons pour lesquelles une personne entre en thérapie, dans une proportion relativement significative, l’inconfort psychologique a pour origine (sans que le sujet en ait conscience), une difficulté dans son positionnement entre la nécessité matérielle de se réaliser dans le monde, et le besoin d’accomplissement spirituel

Chaque être ne peut apparaître dans son entière humanité que s'il est animé par une aspiration et par un idéal qui aillent au-delà du seul confort matériel que nous propose notre civilisation basée sur la consommation.

Chacun peut être rattrapé à un moment donné par la prise de conscience que la réalisation de Soi consiste à trouver le périlleux équilibre entre la nécessité de s’assumer matériellement et de s’accomplir psychiquement (Avoir & Être). 

Sans que nous nous en rendions forcément compte, on a souvent tendance à privilégier une dimension au détriment d’une autre : On est écartelé entre d’un côté l’inanité de l’accumulation des possessions et de l’autre l’égarement dans lequel on risque de s’enliser en imaginant atteindre une haute spiritualité en chargeant de mépris les biens matériels.

L’une des tâches les plus difficiles pour nous-autres privilégiés qui vivons dans une société d’abondance est justement de parvenir à trouver et surtout pérenniser un équilibre sans cesse déstabilisé entre l’appel des possessions, et la nécessité d’accomplissement psychique.

Chaque être est corps et esprit. L’élévation et le bien-être de l’esprit s’appuient d’abord sur la reconnaissance des besoins du corps. Dès lors, pour que le corps soit bien, un minimum de confort matériel s’impose : que ce soient des vêtements confortables et adaptés au climat, le confort d’un logis salubre, ou l’accès à l’hygiène la plus élémentaire, nous voyons bien qu’une nécessité matérielle vient fonder notre bien-être élémentaire. 

Une fois protégé, il nous faut nourrir ce corps. Notre corps est capable de nous porter, de produire l’effort que nous lui demandons à condition de lui fournir de l’énergie via une nourriture saine et adaptée à notre activité physique.

Il en va de même pour notre esprit. Notre psychisme "tourne bien" quand il est suffisamment et correctement alimenté. Selon notre mode de vie et la façon dont nous sollicitons notre corps, nous allons adapter notre alimentation. Explorons ce parallèle entre corps et esprit sous le prisme de l'alimentation... 

Que se passe-t-il si vous vous nourrissez exclusivement de pizzas, de plats préparés, de savoureux burgers et autre malbouffe arrosés de sodas ? Tous ces aliments composent un régime alimentaire plutôt dangereux sur le plan diététique, en raison notamment d'une haute teneur en énergie - et principalement des calories vides, due aux graisses et au sucre, et d'une faible valeur nutritive. Une telle alimentation favorisera sans doute l'obésité, le diabète, et autres maladies cardiovasculaires, mais vous donnera peu de force et de robustesse. 

De la même manière si nous nourrissons notre esprit avec du « prêt à penser », sans nous préoccuper de savoir si ce que nous lui apportons le rassasie, il arrivera un moment où il tombera malade à cause peut-être de certaines carences ou par indigestion.... Notre esprit, comme notre corps a besoin d’une nourriture saine, équilibrée et qui soit adaptée à sa singularité. 

Nous l’avons déjà expérimenté : nous ne sommes pas égaux devant l’alimentation. Tel aliment convient sans problème à une personne et aura des effets catastrophiques chez une autre (cas du gluten par exemple). Telle personne est rapidement repue, pendant que d’autres engloutissent quantité de nourritures sans prendre un gramme.

Nous constatons aussi que nous évoluons dans notre réaction à certains aliments: nous digérons de moins en moins facilement certains, nous ne sommes plus attirés par d'autres, on se découvre une passion pour le fromage de chèvre à 40 ans... Avec l’âge qui avance, on observe souvent qu’on se remet plus difficilement des excès, que certains aliments ne nous font plus "rigoler le ventre", ou au contraire que nous sommes davantage attirés par d’autres saveurs…

Il en va de même avec la spiritualité. Si à 15 ou 20 ans, la question de la spiritualité ne nous titille pas, elle nous rattrape souvent avec la maturité, quand l'esprit commence à souffrir des suites de son régime insatisfaisant. La question de la spiritualité est l'une des raisons de la "fameuse crise de la quarantaine".

Nous devons être aussi attentifs à la prise en considération et à la nécessité d’évolution de notre régime spirituel, qu’à nos habitudes alimentaires. 

Par définition, le spirituel est ce qui est de l'ordre de l'esprit et considéré comme distinct de la matière. Spiritualité ne signifie pas exclusivement religion. La foi religieuse peut être, pour certains, une partie de l’alimentation spirituelle, mais la spiritualité peut être laïque et détachée de toute obédience. 

La musique, la poésie, la littérature, la philosophie, la méditation, les conférences, le cinéma, l’art sous toutes ses formes, certains jeux de société… sont autant d'aliments qui nourrissent la spiritualité. Composez votre menu!

Des activités visent même à relier le corps et l’esprit. C’est le cas de la danse, du yoga, du tai-chi par exemple. (Il existe quantité d'autres activités de ce type)

Dès la fin du Ier siècle de notre ère, le poète Juvenal le signifiait déjà : « Mens sana in corpore sano » : Un esprit sain dans un corps sain.

C’est pourquoi la psychothérapie est étroitement liée à l’éveil spirituel. Il est envisagé de manière non confessionnelle et en excluant toute forme de prosélytisme dans le choix de patient et dans sa façon de vivre sa spiritualité. Le travail thérapeutique passe souvent par la prise de conscience du sujet de son manque d’assertivité, voire de sa passivité, sur le plan spirituel. Il s’agit pour lui  de se rééduquer et de trouver le « régime » qui nourrira son esprit de manière équilibrée. C’est d'ailleurs très fréquent qu’en cours de thérapie le sujet se trouve attiré par des lectures, des musiques différentes de ce qu’il avait l’habitude. 

Oh la la la vie en rose / Le rose qu'on nous propose / D'avoir les quantités des choses / Qui donnent envie d'autre chose

Aïe, on nous fait croire / Que le bonheur c'est d'avoir / De l'avoir plein nos armoires / Dérisions de nous dérisoires car

Foule sentimentale / On a soif d'idéal / Attirée par les étoiles, les voiles / Que des choses pas commerciales

https://www.youtube.com/watch?v=V_SNDGwwGFM

Bibliographie: "Pour une psychologie de l'Eveil" - John Welwood