La crise d'angoisse

Ou le besoin de respirer...

06 Décembre 2019

L’angoisse se caractérise par un état de détresse psychique, a priori inexpliqué, dans lequel on a l’impression d’être limité et restreint, et surtout d’y étouffer ses désirs, besoins, envies. Cet espace est limité par des limites psychiques, lesquelles dans la réalité n’existent pas !

Une bouffée d’angoisse signifie que notre psychisme ne parvient plus à refouler ce que nous vivons et/ou ressentons et qui ne nous convient pas… L’angoisse est un malaise interne et indéfinissable apriori sans raison. L’angoisse est un signal : la situation que l’on vit, ou ce que l’on ressent, représente un danger interne donc le psychisme met en place un mécanisme de défense pour rendre cette situation conflictuelle gérable. Elle ouvre souvent la porte à l’installation d’un sentiment d’anxiété plus ou moins omniprésent.

Les signes clinique de la bouffée d’angoisse sont une grande tension psychique, une hyperactivité, une perte de l’estime de Soi, une perte de contrôle du corps (tremblements, se ronger les ongles de manière compulsive par exemple, étouffement, crise de boulimie…), peur irrationnelle de la mort, perte de sommeil et/ou d’appétit, trou de mémoire, difficulté de concentration.

La crise d’angoisse ou attaque panique est plus intense. Elle dure quelques minutes ou plusieurs heures. La personne a l’impression d’étouffer, il y a une accélération du rythme cardiaque, des céphalées, la sensation de s’évanouir ou un rideau noir devant les yeux, la nausée, raideur musculaire, la bouche sèche, et la peur de mourir.

Si l’attaque panique se résorbe d’elle-même sans médicament, elle ne disparaîtra pas définitivement tant que le sujet n’aura pas identifié la racine de son anxiété, et procéder à des réajustements dans sa vie.

On ne naît pas anxieux. On devient anxieux de par l’environnement de notre enfance (et aussi de notre période de gestation). Notre personnalité se dessine de la même manière qu’un terroir se définit sous l’influence du climat dans lequel le terrain est situé. Le terroir de la Provence n'est pas le terroir des Hauts de France.

Des exigences parentales excessives en terme de résultats scolaires ou de comportement social, une éducation hyper-normative au détriment des besoins véritables de l’enfant, un environnement insécurisant ou insécurisé (alcool, violence, abus, manque de communication, parent malade ou dépressif…) constituent autant de situations d’expositions aux stress qui favorisent l’installation d’un terrain anxieux.  Les crises d’anxiété apparaissent souvent quand la situation que nous traversons vient faire écho avec des événements du passé. C’est comme si la personne avait introjecté en elle ce parent normatif et empêchant. Il pilote sa vie uniquement avec la morale et la raison, en occultant les émotions et les sensations. Il s’agira dans ce cas d’inviter la personne à reprendre contact avec son ressenti (ai-je chaud ? ai-je froid ? est-ce vraiment satisfaisant pour moi de faire cela ?) et à en tenir compte dans ses choix de vie.

Nos émotions et sensations expriment un besoin. Par exemple l’émotion de peur peut, entre autres, exprimer un besoin de sécurité, la colère exprime un besoin de réparation, de la même manière qu’une sensation de chatouille dans le bas du ventre exprime le besoin d’uriner! A l’instar de notre capacité à différer notre besoin d’aller aux toilettes, nous pouvons différer les besoins exprimés par nos émotions…. Mais pas indéfiniment ! Que se passera-t-il si vous sursoyez trop longtemps à une envie de pipi ?... 

La crise d’angoisse est le débordement conséquent d’avoir trop différer des besoins importants.

L’anxiété peut aussi être transmise par un ou les parents : « Tu ne traverses pas la route seul car c’est dangereux. », « Tu ne pars pas en voyage scolaire car le bus peut avoir un accident. », « Tu n’utilises pas de ciseaux car tu peux te blesser. », « Tu ne vas pas nager où tu n’as pas pied car c’est dangereux. »… Etc… On voit bien dans ces cas que l’enfant n’a même pas l’opportunité de faire son expérience pour se faire un avis personnel sur le sujet. Dans ce cas, des peurs lui ont été transmises comme des croyances et l’anxiété est comme une « religion » en quelques sortes. Des croyances limitantes qui l’empêchent, le restreignent à une vie trop étroite, trop limitée.  Néanmoins, les croyances ne reposent sur aucune expérience, sur aucun fait vécu et ressenti. Pour s’en défaire, il lui faudra dépasser sa peur de la croyance de sorte à faire sa propre expérience et se rendre compte, comprendre et ressentir qu’il n’y a aucun danger. Ainsi, au fur et à mesure des expériences, le sujet voit son champ d’exploration de la vie plus large et il respire mieux !

La crise de spasmophilie, la claustrophobie aiguë, la crise de tétanie, le malaise vagal sont des déclinaisons de la crise d’angoisse. Elles ont en commun la sensation d’oppression et d’étouffement caractéristique de la crise d’angoisse. Par la sensation d’étouffement, la crise d’angoisse signifie clairement et sans détours que le sujet étouffe dans sa vie : peut-être il se sent comme pris au piège, limité, empêché et il n’en exprime pas sa colère. Il se sent envahi dans son espace psychique, sans doute faute de poser des limites claires, et il en ressent une forme de resserrement. C’est au détriment de ses besoins personnels qu’il se laisse envahir et phagocyter par l’autre, sans doute par crainte de déplaire… Néanmoins cette situation le met dans un grand inconfort puisque ce resserrement ne fait qu’augmenter la pression de ses émotions. Le sentiment de danger imminent et inidentifiable est en réalité la peur de l’avenir associé au manque de confiance en soi quant aux efforts à produire pour atteindre ses objectifs personnels. La personne est immobilisée par deux forces contradictoires : la peur de mourir en restant immobile et la peur du danger d’avancer. D’où la stratégie d’être (trop) gentil avec les autres pour qu’ils le protègent, comme si le sujet se sentait incapable de prendre soin de lui (or « Qui mieux que Renault entretient votre Renault ? »). 

Les sujets à la crise d’angoisse ont besoin d’air, d’espace, de distance avec les autres, bref de liberté. Liberté de décider, d’être et d’agir en écoutant d’abord leurs besoins, et en mettant au second plan ceux des autres et le jugement des autres.

Néanmoins,  il est bon de se fixer des attentes réalistes : on ne peut pas lutter contre ses traits de personnalité, et même la meilleure des thérapies ne vous transformera pas radicalement. Elle vous permettra d’accéder à la meilleure version de vous-même. Quand on a grandi dans un environnement anxiogène, limitant, insécurisant et qu’on a développé une personnalité anxieuse, on ne deviendra pas en quelques semaines une personne confiante et profondément optimiste ! Notre personnalité est notre terroir et il nous appartient  de le comprendre et de le respecter en y plantant des espèces favorables. On ne s’obstine pas à vouloir obtenir de la bruyère sur un terrain pauvre en eau… On préférera la lavande !