L'immaturité psycho-émotionnelle ...

au cœur de la relation toxique

18 Octobre 2020

Image: Tinkerbell, Peter Pan, Wendy, Michael et John du film classique de 1953 «Peter Pan». Everett Collection.

Que signifie « être Mature » ? 

La Maturité comporte plusieurs facettes : maturité relationnelle, maturité professionnelle, maturité de la volonté, maturité critique, maturité sexuelle, maturité de raisonnement,…  Il est proposé de les regrouper en 2 sous-ensembles : la maturité intellectuelle et la maturité affective (ou (psycho-)émotionnelle). La maturité intellectuelle s’acquiert avec l’accumulation des connaissances au fur et à mesure de la croissance du matériau cognitif du sujet, entendu que le développement du cortex préfrontal se termine à l’aube des 30 ans. La maturité affective ou émotionnelle est la capacité à exprimer, contrôler et gérer ses émotions de façon adéquate selon son âge et compte tenu des circonstances.

Au fur et à mesure de son évolution, et dès son plus jeune âge, l’enfant acquiert de la Maturité par couches successives ponctuées par 3 temps importants. 

Le premier est le fameux âge de raison situé vers l'âge de 7 ans, âge auquel l’enfant commence à comprendre les notions de bien et de mal, de justice, ainsi qu’à mesurer les conséquences de ses actes, la notion de responsabilité commence à s’établir. 

La seconde étape est l’adolescence avec sa célèbre et indispensable crise qui permet la remise en question des modèles parentaux pour mettre en place sa propre personnalité. 

Et enfin, le jeune adulte prend la responsabilité de ses propres choix et engagements : il devient Mature. Être Mature, c’est être en mesure des gérer (décider, anticiper, honorer, différer, renoncer, adapter, négocier…) ses pulsions (instincts, envies, besoins, …) en fonction du moment, des circonstances, de l’environnement et de l’écosystème familial et social dans lequel nous vivons, tout en restant psychiquement dans des niveaux de stress et d’espoir modérés. 

Or, l’avancée dans l’âge biologique n’est pas systématiquement garant de Maturité. On distingue deux types immaturités : l’immaturité intellectuelle et l’immaturité psycho-affective (aussi nommée « Infantilisme » jusqu’au début du XXème siècle). 

Un tel sera un professionnel compétent, responsable et fiable, et néanmoins un immature affectif s’installant, par exemple, systématiquement dans des relations fusionnelles avec ses partenaires. « L’immaturité affective décrit un retard dans le développement des relations affectives, avec une tendance à la dépendance et à la suggestibilité évoquant l’affectivité infantile, contrastant chez l’adulte avec le niveau de développement des fonctions intellectuelles » est-il précisé dans l’ouvrage collégial « Psychiatrie »*.

L’immaturité intellectuelle définit quant à elle un défaut plus ou moins important de la capacité de jugement, du discernement, du sens critique et du sens moral, qui ne permet pas au sujet de prendre des engagements et de faire des choix libres et responsables. On retrouve les personnes incapables de choisir pour elle, incapable de prendre une décision importante, de se faire un avis propre, de construire un jugement critique… Bref des personnes hyper influençables et obéissantes.

On se rend bien compte que immaturité psycho-affective et immaturité intellectuelle sont intimement entremêlées car l’émotionnel et le cognitif sont les deux moteurs du psychisme. En permanence nos deux hémisphères cérébraux envisagent les situations que nous vivons sous deux aspects. L’hémisphère gauche traite l’information de manière logique et séquentielle, l’hémisphère droit de façon intuitive et émotionnelle.

L’immaturité psycho-affective peut être considérée comme une pathologie qui touche les personnes adultes. La personne a beaucoup de difficultés à porter la responsabilité de sa vie, avec ses aléas. Elle réagit inexorablement avec son « Moi Egocentrique », qu'elle ne parvient pas à mettre en veilleuse de temps en temps, comme un enfant insatisfait et contrarié en quelque sorte, plutôt qu'en adulte posé. 

Les symptômes de l’immaturité psycho-affective chez l’adulte sont une fixation (positive ou négative) excessive aux images parentales, un besoin immense de protection (dépendance affective), un intérêt centré et souvent limité à sa propre personne (hyper-narcissisme) avec la quasi impossibilité de se mettre à la place de l’autre (égocentrisme ne permettant pas l’empathie et le don de soi), l’entêtement et l’incapacité à gérer les conflits (position dogmatique et non-ouverture à la négociation, tendance au contrôle et à la manipulation), la victimisation (espoir d'une aide de l'extérieur: les autres sont responsables de mon malheur (mal-être) donc c’est aux autres de trouver des solutions et de régler les problèmes).

On parle aussi de Syndrome de Peter-Pan. Concrètement, ce sont des personnes qui reviennent volontiers et souvent sur les circonstances de leur enfance. Ce sont souvent des récits sans nuances : soit une enfance extrêmement pénible ou une enfance parfaite et idéale, selon le sujet. Il est important à ce niveau de préciser que l’une des causes de l’immaturité est souvent à rechercher dans les conditions de l’enfance : parents autoritaires, ou laxistes, ou exclusifs, ou encore divers chocs émotionnels (inceste, pédophilie, perte des parents…) 

Ils grandissent en ne parvenant pas à établir une juste estime de Soi et construire une confiance en Soi suffisante. Par conséquent, il leur est pratiquement inconcevable de vivre seul. L’Autre est la solution pour combler un vide intérieur affectif : l’amour qu’ils ne sont pas en mesure de se donner à eux-mêmes. Le dépendant affectif aime rarement l’Autre, il a surtout besoin de l’Autre. Dès lors, il est parfois prêt à user de la force et de la manipulation pour retenir l’Autre, quand d’autres sont prêts, eux, à tout accepter (même l’inacceptable) pour avoir une personne à leur côté. Les immatures affectives s’installent volontiers dans des relations toxiques:  un couple composé de deux immatures affectifs (un bourreau et une victime avec possibilité d'interchanger les rôles), mais elle peut aussi être mise en place par une mère ou un père avec son enfant. Par exemple, une mère va installer chez son enfant l'idée que le Monde est intrinsèquement dangereux pour mieux le garder longtemps auprès d'elle.

On observe que deux tendances de comportement se dégagent :

Incapable d’envisager les désaccords, les débats d’idées et de gérer sainement les conflits, certains usent de solutions peu louables telles que le mensonge, la manipulation, le chantage affectif, la corruption, pour amener l’autre à penser comme eux. La jalousie maladive est la douloureuse manifestation de la peur irrationnelle et obsédante de perdre l’autre (perdre = notion de propriété: on ne peut perdre que ce qui nous appartient) car l’idée de vivre seul leur est profondément ingérable. Pour masquer leur immaturité et pour éviter de se retrouver dans des négociations qu’ils ne sont pas en capacité de gérer, ils prennent le parti de se comporter comme des dictateurs, des intimidateurs ou/et des harceleurs. Ils sont insensibles à ce qu’ils font subir aux autres.

Néanmoins, l’immature psycho-affectif peut aussi « préférer » s’installer dans la position de victime. Se soumettre, tout accepter, baisser la tête est l’autre manière de ne pas avoir à négocier. Cette place est, certes, douloureuse à l’intérieur de la relation, mais elle offre à l’extérieur les privilèges du statut de victime: attirer l’attention des autres, avoir le sentiment d’exister et d’avoir de l’importance, se faire prendre en charge et se déresponsabiliser de ce qui arrive. En effet, la victime se refuse généralement d’observer et de prendre sa part de responsabilité dans la relation toxique dont elle est la victime : ce qu’elle vit est la conséquence de son mauvais choix de partenaire. 

Les conséquences de cette immaturité viennent souvent lourdement handicaper les personnes concernées dans leur capacité à vivre des relations harmonieuses avec les autres, que ce soit au travail, en couple, en famille, en société ou en amitié. Quand on n’est pas enclin à la négociation, au débat, parce que l’on confond désaccord et désamour, parce qu'on ne fait pas de distinction entre aimer et plaire, parce que l’on n’est pas capable de considération et d’empathie pour l’autre, les relations sont difficiles à installer de façon pérenne. A la moindre contrariété relationnelle (elle ne m'a pas appelé depuis 2 jours, il a oublié de me souhaiter mon anniversaire, j'ai l'impression de prendre plus souvent l'initiative de l'inviter, ...), ils perçoivent leurs amis comme des ennemis et puisque avoir une explication ou faire un compromis leur sont impossibles, ils coupent net la relation. Ou bien, si leurs relations sont des gens matures, ce seront eux qui n’accepteront pas les conditions despotiques ou déséquilibrées de la relation et décideront d’y mettre fin.

L’immaturité est subjective à définir puisqu’il n’existe pas, à proprement parler, de souffrance chez le sujet immature. Sinon parfois la souffrance de se retrouver de plus en plus seul et incompris... Mais il n’est jamais trop tard pour se faire accompagner à développer son intelligence émotionnelle.


*« Psychiatrie » - J-D Guelfi, P. Boyer, S. Consoli, R. Olivier-Martin

Sources:

"La manipulation ordinaire" de Marie Andersen

Site "penser et agir" - L'immaturité affective